Précipice
Oil painting on canvas
110×180cm
2026

Exil
Oil painting on canvas
100×150cm
2026

La Trêve
Oil painting on canvas
50×90cm
2026

Page in progress

Tu me crois la marée et je suis le déluge

Solo Show

17 septembre - 26 Novembre 2026

Galerie Neilag

128 rue du Docteur Albert Barraud
33000 Bordeaux, France

Commissaire d’exposition: Anne Hardouin-Finez

Alice Brinth Tu me crois la marée et je suis le déluge

Extrait de l'épilogue du Poème « Dans l'ombre », recueil "L'Année terrible" de Victor Hugo, publié en 1872

Alice Brinth, née en 1995, vit et travaille à Bordeaux

« Tu me crois la marée et je suis le déluge. » Cette métaphore, tirée du poème Dans l'ombre de Victor Hugo (recueil L'Année terrible, 1872), suffirait presque, à elle seule, à appréhender l'œuvre d'Alice Brinth. D'abord parce que les thèmes qui traversent son œuvre, le paysage, le sacré, la puissance de la nature comme miroir des tourments de l'âme, renouent avec la tradition romantique, dont l'artiste s'approprie l'héritage de manière contemporaine. Ensuite parce que le sublime est au cœur de son travail : des paysages métaphysiques aux clairs-obscurs saisissants, suscitent autant l'émerveillement que l'effroi, rappelant l'œuvre de Caspar David Friedrich ou Francis Danby.

On se tient devant « Précipice » comme au bord d'une falaise, au cœur d'un paysage brut dépourvu de toute présence humaine, suspendu dans un monde flottant entre commencement et disparition, un espace silencieux où tout semble prêt à basculer. Alice Brinth y met à nu la fragilité et la perte de contrôle propres au vertige existentiel. Est- ce l’origine du monde, ou son effondrement ? C’est cette ambiguïté même qui constitue la force critique singulière de son travail.

Diffuses et omniprésentes, les lumières mystiques d'Alice Brinth traversent chaque toile de jaunes soufrés, ors flamboyants, blancs incandescents comme une lueur d’espoir. Ces tonalités contrastées chaudes et froides tiennent la scène en tension.

Avec une résonance troublante, l'œuvre « Territoire », réalisée avant que les incendies en Gironde ne dévorent nos paysages, prend aujourd'hui une tournure singulière. Elle en révèle la portée la plus profonde : les troncs émergeant de la brume, la lumière blanchâtre, les formes suspendues, composent moins un paysage qu'une expérience perceptive et existentielle, où le regard hésite entre effacement et recommencement.

À travers un corpus d'huiles sur toile et sur bois, cette exposition personnelle d'Alice Brinth explore les conditions contemporaines du regard. Fractures et dédoublements y suggèrent une perception fragmentée. Nourri d'un flux d'images quotidien, notre œil a-t-il encore accès à la réalité, ou seulement à ce qu'il en recompose ? En posant le réel comme phénomène construit, Alice Brinth interroge la place de l'homme face à l'univers : devant ce mystère, devant la fragilité du vivant, choisir de regarder demeure peut-être notre dernière manière d'habiter le réel.

Anne Hardouin-Finez